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(La Ferme de Boury en hiver, huile sur bois) VOYAGE D'HIVER L'hiver, c'est un voyage immobile. La blancheur nivéale recouvre les traces de tout déplacement. Et la brume qui stagne sur les champs et nous surprend à la croisée des chemins, empêchant tout repérage, accentue ce sentiment de demeurer en place.
(Le Voyage d'hiver, huile sur bois) Les corbeaux au plumage atrabilaire deviennent alors les seuls guides possibles. (Les Corbeaux, tableau virtuel) « SEIGNEUR, quand froide est la prairie, « Par milliers, sur les champs de France, (Rimbaud, les Corbeaux.)
(La Croix aux corbeaux, tableau virtuel)
(Le Cygne noir, encre de Chine rehaussée de blanc) Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante : Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts...
(Le Cygne de Tuonela, tableau virtuel)
(La Rivière d'hiver, encre de Chine rehaussée de blanc) Le voyage devient alors intérieur. La terre noire à rectifier est au dedans. V.I.T.R.I.O.L. (Visita Inferiora Terrae Recticando Invenies Occultum Lapidem)
(Le Chemin d'hiver, tempera à l'œuf) Magie du silence.
La pluie d'été est sonore, exubérante et voluptueuse.
(La Croix dans la forêt, tableau virtuel) La neige est une lumière qui tombe.
(L'Aunette en hiver, tempera à l'œuf) Elle ouvre soudain l'espace à la pureté muette du ciel qui s'est fermé en haut pour enclore la terre dans sa sollicitude.
(L'Aunette à Enencourt, tempera sur carton toilé) Elle endort les chagrins dans son matelas ouaté et son velours polaire couvre d'un mantel d'hermine la boue du chemin, la fiente des bêtes et le fumier des hommes.
(L'Aunette en hiver, huile sur bois) « Éblouies par le reflet de la neige, les oies sauvages fuyaient en tumulte devant un faucon rapide qui fend l'air pour les rattraper. Enfin l'une d'elles, séparée des autres, s'égare et s'offre à lui sans défense : il la heurte et malmène si rudement qu'il l'abat à terre.
Perceval accourt là où il a vu la bande tournoyer. L'oie a été blessée au col ; elle saigne trois gouttes de sang qui s'épandent sur le blanc de la neige : on eût dit une couleur naturelle. Mais elle n'était pas assez touchée pour rester collée au sol, et avant que Perceval pût la saisir, elle était déjà loin.
(L'Oie de Perceval, tableaux virtuels) Quand il vit la neige tassée à l'endroit et le sang tout autour, il s'appuya sur sa lance pour regarder cette apparence étrange : le sang et la neige ainsi rapprochés lui rappellent les vives couleurs de Blanchefleur son amie. Il y pense si volontiers qu'il oublie où il est. Comme en la face de son amie le vermeil ressortait sur le blanc, ainsi les trois gouttes de sang se détachent sur la blancheur de la neige. L'idée lui plaît tant qu'à la force de regarder, il croit bien vraiment contempler le teint si frais de son amie, la belle. Perceval, les yeux sur les trois gouttes, rêve et laisse couler les heures... » (Chrétien de Troyes, Perceval le Gallois ou le Conte du Graal.)
Comme Perceval, je ne vois dans ce sang répandu que le vermeil de lèvres adorées et dans ce noir plumage, les yeux sombres de la princesse lointaine.
Christian Bobin, commentant ce texte, note avec justesse : « la poésie commence là, dans ce chapitre, vers cette fin du XIIe siècle, sur cinquante centimètres de neige, quatre phrases, trois gouttes de sang. La poésie, la fin de toute fatigue, la rose d'amour dans les neiges de la langue, la fleur de l'âme au fil des lèvres. C'est dans ce siècle, dans cette furie des affaires, des dettes de sang et des guerres d'honneur, que les troubadours prennent le nom d'une femme entre leurs dents et laisse monter leur chant, une flamme bleue dans le ciel franc. C'est dans ce monde sans issue qu'ils inventent une issue, la porte d'un seul nom dans toutes les langues, l'appel d'un seul vers une seule, et la terre saisie dans l'étoile de ce chant, illuminée dans le tour de cette voix. C'est dans ce temps que naît une nouvelle figure d'homme, immobile, absent. Immobile sur la neige blanche, penché sur l'absence rouge, ne désirant plus rien du monde -- et qu'on le laisse en paix dans la contemplation de son amour. Des heures, des jours, des siècles. Et qu'on le laisse en paix. Toujours, toujours. » (Christian Bobin, Et qu'on le laisse en paix dans Une petite robe de fête.)
(Feuilles dans la neige, tempera à l'œuf.) Et combien cela est vrai du peintre qui un jour est encharmé par la vision du modèle auquel il restera fidèle et qui nourrira son art.
« La Treizième revient... c'est encore la première ; Et c'est toujours la Seule... »
L'artisan n'a de cesse de décliner sa beauté en mille et une peintures et à travers elle retrouver toutes les jeunes filles du monde et l'éternel féminin... Et qu'on lui fiche la paix !
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| © 2012 août 2007 |
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