|

Réalisme & symbolisme
Un peintre avec lequel j'échange quelques mots un soir de vernissage, se qualifie lui-même de « symboliste. » Je ne relève pas sur le moment, mais je m'étonne. Ce que je vois accrocher aux cimaises relève plus du surréalisme... Mon étonnement s'accroît lorsqu'il qualifie une de mes oeuvres de « réaliste. » Je n'avais point le goût, ni le temps d'entamer, non pas une polémique, mais un débat courtois sur le symbolisme et le réalisme.
Je préfère le faire ici, sur cette page. En vérité, il ne suffit pas de représenter un instrument de musique en lévitation dans le chœur d'une cathédrale, pour faire du symbolisme, pas plus que la peinture d'une nature morte ne saurait être enfermée dans le concept de réalisme. Enfin, la culture générale aidant, il règne hélas jusque dans les milieux artistes, une grande confusion dans ce domaine. Clarifions un peu les choses. Aucune œuvre d'art ne peut prétendre au réalisme intégral. Même une pissotière exposée dans un musée, du moment où justement elle est isolée comme une œuvre d'arts (ou prétendue telle) se mue dès lors en objet quelque peu irréel... Disons simplement que le réalisme en art, cherche à donner une idée le plus exact possible d'un espace, d'un temps, d'un objet, d'une scène, voire d'un souvenir... Mais qu'est-ce qui est réel ? Nerval écrivait avec raison : « or le vrai, c'est le faux, du moins en art et en poésie. » Le symbolisme s'oppose-t-il au réalisme, comme on oppose l'art de Rimski-Korsakov à celui de Moussorgski ? Les symbolistes à la fin du XIXe siècle s'opposaient aux réalistes et aux impressionnistes, surtout par le choix des sujets. Mais cela suffit-il ? Au XVIIIe siècle, une fleur dans un vase d'eau, posée à côté d'un crâne, peinte de la façon la plus réaliste qui soit, n'est-elle pas une représentation symbolique conçue et reçue comme telle ? N'en déplaise à mon interlocuteur d'un moment, il y a là plus de symbolisme vrai que dans une représentation surréaliste où le symbole breveté et étiqueté (« ATTENTION : ceci est un symbole, a-t-on l'air de nous crier ! ») se perd en vérité dans un surfacialisme vaguement allégorique, loin de ce qui fait justement la pertinence des symboles. Car le symbole vrai ne doit pas être confondu avec l'allégorie. Le symbole est une manifestation verticale quand l'allégorie se meut à l'horizontale. Cette dernière met en relation ce qui est semblable, quand le premier nous parle de ce qui est absent, de l'invisible référent hors duquel rien n'existe et qui seul nous conduit au-delà de l'image.
« Chaque être créé est un symbole institué non par l'arbitraire des hommes, mais par la volonté divine, pour rendre visible l'invisible sagesse de Dieu. » (Hugues de Saint-Victor.)
Alors est-ce que je fais du réalisme symboliste ou du symbolisme réaliste ? Ni l'un, ni l'autre. Au diable tous ces ismes ! Je fais de la peinture. (POINT !) L'art est en train de crever de cette succession d'ismes devenus des isthmes mortels où chaque génération croit rénover le monde alors qu'elle ne fait qu'accélérer sa décomposition. Pas plus que Debussy ne se reconnut dans l'impressionnisme, ou van Gogh ne s'est reconnu dans les ismes grotesques que la critique d'art aligne à une vitesse exponentielle depuis le début du XXe siècle !
Donc, je suis peintre... et cela suffit !

|