RACINES CHRÉTIENNES OU CIVILISATION CHRÉTIENNE ?

Et comme malgré tout, même isolé dans un village au cœur de la campagne, il est presque impossible de ne pas entendre les voix discordantes des sirènes de « l'actualité », ne retenons de toutes ces désinformations et ces débats stériles que ce qui peut faire sens et éclairer le cheminement d'une pensée et d'une œuvre.
Ainsi cette semaine, un hebdomadaire titrait : « Nos racines chrétiennes… »
Cela fait déjà un moment que cette expression heurte mes oreilles, plus encore me blesse, tant elle exhale une odeur de mort.
On aurait bien étonné Pascal si on lui avait parlé de ses « racines chrétiennes » !
Sous l'Ancien Régime, la France, et avec elle toute l'Europe, était chrétienne et avait des racines multiples, gréco-romaines, celtes, judaïques et mémé égyptiennes – tant il est vrai que le christianisme a opéré une synthèse magistrale de toutes les grandes traditions encore vivantes au moment de l'Incarnation.
Dire que l'Europe actuelle a « des racines chrétiennes » c'est ipso facto reconnaître qu'elle n'est plus chrétienne et pour cause : depuis la Révolution Française, l'homme moderne n'a pas cessé de s'acharner à couper les dites racines… ! Et après trois siècles de destruction systématique de l'âme chrétienne, voilà des beaux parleurs qui se réveillent et revendiquent, tel un nouvel argument électoral, leurs racines chrétiennes !
Depuis la nuit des temps, les hommes n'ont cessé de se relier au Sacré afin d'immerger leur vie dans l'univers de la Transcendance. L'homme est non seulement un Homo sapiens, mais depuis toujours un Homo religiosus. Prodigieusement diverses furent toutes les formes que l'homme a élaborées afin de réunir le Ciel et la Terre. Mais l'homme moderne a souhaité trancher ce lien pour construire une civilisation qui ne devait plus rien aux Puissances d'En-Haut et tout à sa prodigieuse habileté technique. Par la même, il s'est damné lui-même, s'acharnant à la poursuite d'un bonheur jamais atteint, voué au Moloch du Progrès et à la révolution perpétuelle qui sans cesse abolit ses efforts fébriles…
Que nous importe en vérité d'avoir des racines chrétiennes si nous ne sommes plus chrétiens ?

La Vieille croix, lavis à l'encre sepia

Sommes-nous même encore des hommes ? L'homme qui renonce à se tenir debout pour unir le Ciel et la Terre, est-il encore un homme ? On peut se le demander quand on voit le surfacialisme affligeant et les préoccupations infantiles d'une civilisation bien au contraire complètement déracinée... Et même, ici, peut-on encore parler de civilisation ? Les Romains opposaient leur civilisation à celle des Barbares. Mais encore les Barbares avaient-ils des Dieux et un profond sentiment de l'enchantement du monde ! Les hommes d'aujourd'hui ne sont même plus des Barbares et leur civilisation ne se définit que par la fuite en avant et la négation du passé : autant dire par un pur néant
Quant à moi je n'invoquerai aucune « racines chrétiennes » : je suis un chrétien debout au milieu des ruines.

Chrétien parce que baptisé dans la religion catholique.
Chrétien, parce qu'au moment de l'adolescence, j'ai connu le doute, l'interrogation et la tentation de l'athéisme.
Chrétien, parce qu'à vingt ans, découvrant les sagesses orientales – le lamaïsme tibétain et l'hindouisme – j'ai retrouvé du même coup la haute valeur métaphysique de ma propre tradition.

Le Communiant, encre et acrylique

Je pourrais aussi m'interroger sur les racines chrétiennes de mon art et là aussi, même si j'ai rarement peint des sujets directement tirés de l'Ancien ou du Nouveau Testament, la réponse est évidente : ma peinture est nettement chrétienne aussi bien par sa thématique que par la manière dont elle intègre les traditions païennes ou orientales.
Je peinS des paysages avec le même regard mystique que Gaspard David Friedrich. Même mon goût pour les fées et les sorcières est inséparable de ma sensibilité chrétienne.

Et je serais même enclin à revendiquer une sensualité spécifiquement catholique qui a donné à la sexualité tout son sel, quand aujourd'hui le sexe n'est plus qu'un sport hygiénique et démocratiquement circonscrit. « Le sexe tel qu'il s'étale depuis la prétendue révolution sexuelle d'il y a 40 ans a tué les plaisirs de la chair. La vieille libido voluptatis s'est réfugiée d'une part dans l'exhibitionnisme mécanique (…) et d'autre part, dans le harcèlement judiciaire, dans cette libido accusandi et cette libido judicandi dont les mêmes médias ont aussi le plus pressant besoin pour remplir jour après jour le gouffre qu'ils sont. S'exhiber et punir... L'ordre de s'épanouir sexuellement et de le montrer, c'est-à-dire de sortir aussitôt du sexuel car tout ce qui est montré, défini, encadré, cesse à l'instant d'être sexuel, progresse au même rythme que la criminalisation du sexe qui est d'abord la criminalisation de la différence des sexes. Plus le sexuel se veut libéré, plus il suscite des lois pour réprimer sa bête noire, qui n'est pas le sexe mais la dualité sans laquelle le sexe n'est rien. » (Philippe Muray, Un soir dans un taxi, une main d'homme sur une cuisse de femme.)

N'en déplaise à Michel Onfray, ce n'est pas le christianisme, c'est l'athéisme pénalophile qui a tué le libertin. On sera peut-être étonné que, chrétien, je prenne la défense du libertin. C'est que les péchés du libertin appartiennent à la sphère privée et n'engagent que lui : nul ne peut savoir si au bout du compte, il sera pardonné ou s'il sera damné… D'autant que l'histoire abonde en exemples de grands pêcheurs devenus de grands saints ! Le libertin ne met en cause que le salut de sa propre âme, quand les manipulations d'embryons récemment autorisées par le Sénat, vouent au chaos, à la souffrance, à l'errance et à la mort spirituelle une société tout entière… Et ce au nom d'une conception délirante et totalitaire de la vie qui ne recule devant aucune acrobatie sémantique (cf... le concept ubuesque d'infertilité sociale !!!)

A l'opposé de tout cela, comme j'aime évoquer la femme et l'amour, en y mêlant toujours des sentiments que, depuis le Banquet de Platon, les chrétiens ont développés avec génie à travers l'amour courtois !

Oui, mon âme est chrétienne, et cette jeune fille en fleur qui se tient entre le crâne d'Adam et le calice de la Rédemption, résume à elle seule l'orientation de mon art…

MERCREDI 13 AVRIL 2011

La Foi ou la Beauté triomphante, huile sur bois.

 

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