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(Le Tombeau sur la colline, tableau virtuel) TOMBEAU Août 2008 Un cimetière sur la colline. Sur la hauteur de Boissy-le-Bois. Le 14 août 2008. Une journée ensoleillée et douce. La fraîcheur d'un vent léger se glisse entre les tombes. Un homme aux cheveux entièrement rasés se tient devant une fosse fraîchement creusée dans la terre rousse. À sa gauche, un officier des pompes funèbres tend en vain le seau où trempe un goupillon. L'homme ne bénira pas le cercueil. Il tient dans la main droite un bouquet de fleurs déjà fanées. Ses yeux sont rougis par les larmes. Le visage est ravagé par la douleur et l'insomnie. D'un geste de dépit -- presque de colère d'enfant -- il lance le bouquet dans la fosse.
(Le Cimetière de Montjavoult, aquarelle) Cette femme qu'on a déposée dans ce coffre de bois verni, je la connaissais. C'était une de mes élèves. Martine Bricoud. J'avais dîné en sa compagnie un peu plus d'un mois auparavant. Je me souviens : elle était assise en face de moi. Nous partagions des intérêts communs, notamment pour la littérature. Je venais de lui offrir un exemplaire de mon roman de jeunesse. J'appréciais son caractère rebelle, son humour et sa fantaisie, voilant pudiquement des exigences absolues. Elle m'avait offert un roman coquin d'Esparbec pour me remercier d'avoir dressé son horoscope. Hélas, elle n'a point échappé à la faux de Saturne transitant le signe de la Vierge...
(Espace sacré, tableau virtuel) Et devant cette fosse, j'essaie de sentir sa présence, de lui parler, d'atteindre son âme, de lui conseiller de ne pas demeurer ici, mais de commencer maintenant ce grand voyage, de quitter au plus vite son corps pour entrer dans ce que les Tibétains nomment le Bardo... l'état intermédiaire...
(Le Cimetière, tableau virtuel) Car enfin -- et c'est bien la le mérite de la messe catholique et des rituels funéraires des traditions spirituelles authentiques -- il ne s'agit pas seulement de consoler les vivants, mais avant tout d'assurer le salut des morts ! Pour nous tous, la vie allait continuer, la douleur finir par s'apaiser et surtout, à l'exception du conjoint et de ses enfants, la vie de chacun n'allait pas connaître de solution de continuité... Mais pour l'être dont le corps est mis en bière, il en va tout autrement. Si l'on admet l'existence d'une âme (et d'un corps subtil) -- et je suis de ceux qui en ont la certitude, tant par l'expérience vécue que par l'usage de la raison et l'intuition -- c'est alors le grand saut, exactement semblable au « traumatisme » de la naissance et ce n'est pas rien !
(Tombeau de Cécile, aquarelle) Or un rituel funéraire met tout en œuvre pour accompagner le mort nouveau-né dans ce changement d'état consécutif à la mort physiologique. Il est juste alors que l'assistance à ce moment, déposant sa souffrance et la déplaçant, tente elle aussi d'accompagner cette nouvelle naissance et la messe y contribue parfaitement.
(L'Entrée du cimetière de Rennes, aquarelle)
(Les Chrysanthèmes, tableau virtuel) « Où sont nos amoureuses ? Elles sont près des anges, O blanche fiancée ! L'éternité profonde (Gérard de Nerval, Les Cydalises.)
(Pensée des morts, tableau virtuel) PENSEE DES MORTS « C'est une jeune fiancée (Alphonse de Lamartine, Pensée des Morts.)
Le jour des morts. Jour de couleurs aux chrysanthèmes dispersés. Jour où les tombes se couvrent d'un tabard aux lumières de l'automne. Mon père et ma mère, là-bas au cimetière du Vésinet... et le frère aîné jamais connu...
(Mère & fils, aquarelle)
...et cette fille du peintre espagnol Eduardo-Leon Garrido (1856-1949), Mercedes, dont je conserve le beau portrait impressionniste (dans cette attitude mélancolique caractéristique que j'ai moi aussi illustrée) et qui m'initiait jadis à l'harmonie des sons, au toucher du piano...
(Mercedes Marie par E.L Gazrrido, huile sur bois) Tout comme son époux, le peintre Gabriel Marie, m'initiait au dessin et à la couleur. (Falaises normandes par G. Marie, huile sur bois) Pensées aussi pour sa sœur, Juliette, demeurée vieille fille comme on dit, pourtant si passionnément aimée d'Édouard Garrido (fils de Léon Garrido et ancien directeur des Beaux-Arts de Caen) qui brossa d'elle un splendide portrait...
(Juliette Marie par E. Garrido, huile sur toile) Pensées aussi des animaux morts, des chats particulièrement qui depuis mon enfance ont accompagné mon chemin de vie.
(Le Chat au pied de la croix, ébauche à l'huile) Où vivent-ils ? Quel astre à leur paupière Répand un jour plus durable et plus doux ? Vont-ils peuplé ces îles de lumière ? Où planent-ils entre le ciel et nous ?
Sont-ils noyés dans l'éternelle flamme ? Ont-ils perdu ces doux noms d'ici-bas, Ces noms de sœur, et d'amante, et de femme ? À ces appels ne répondront-t-il pas ?
Une forte pensée également pour le docteur G. dit "Pompom" mort fièrement le 26 octobre 2008 dans ce fauteuil où une maladie nerveuse l'avait immobilisé, nouant dans sa gorge les mots de la révolte que lui inspirait la médiocratie universelle et totalitaire insidieusement distillée dans le sang de nos "démocraties." Hommage au courage de cet homme qui n'a pas hésité à écrire tout ce qu'il savait malgré la langue de bois et la répression de tout ce qui touche aux grands tabous du monde contemporains. Je me souviendrai longtemps d'une mémorable visite à son extraordinaire domicile, véritable cabinet d'histoire et de curiosités, avec une amie commune qui m'avait accordé le privilège de cette rencontre.
Mort prématurée du sommeil et résurrection du réveil, tant il est vrai que l'antonyme de la mort n'est pas la vie, mais la naissance... Mort, naissance : deux mots pour désigner une seule et même chose, selon la rive d'où l'on regarde...
(Le Garçon et sa grand-mère, lavis d'encre brune) Pensées enfin de toutes ces morts qui, pour ne pas être spectaculaires, n'en sont pas moins réelles : mort d'un état d'être, de l'enfance, de l'adolescence, d'un sentiment, d'un amour, d'une période de l'existence.
(L'Urne funéraire, aquarelle) Pensées en couleurs. Pensées peintes. Comme l'étonnant film américain « Au-delà de vos rêves » où Robin Williams transite dans un monde de peintures imaginées par sa veuve...
(La Vallée de l'Aunette en automne, peinture à la cire) Ils furent ceux que nous sommes, Poussière, jouet du vent ! Fragiles comme des hommes, Faible comme le néant ! Si leurs pieds souvent glissèrent, Si leurs lèvres transgressèrent Quelque lettre de ta loi, O père ! ô Juge suprême ! Ah ! ne les vois pas eux-mêmes, Ne regarde en eux que toi !
(Alphonse de Lamartine, Pensée des Morts.) Pensée enfin pour celle qui disparaissait entre ciel et mer en juin 2009... à l'horizon de toutes les révélations...
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| © 2012 août 2007 |
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