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À PROPOS DU LINCEUL DE TURIN 10 MAI 2010 Qu'il s'agisse d'une icône miraculeuse ou d'un chef-d'œuvre de l'art religieux médiéval, l'ostension du linceul à Turin ne saurait laisser un peintre indifférent. J'emploie le mot linceul et non suaire pour distinguer cette pièce de lin du sudarium (serviette pour essuyer le visage du défunt) conservé dans la cathédrale d'Orviedo. On se trouve en effet ici en présence de l'image archétypale par excellence, du symbole total : celui du Fils de l'Homme.
Voici plus d'un siècle que cette relique vénérable déchaîne les passions dans un débat contradictoire typiquement représentatif du monde moderne. Les uns, animés par une haine incoercible de l'Église, visent à démontrer l'imposture et les autres, animés d'une foi militante et naïve, cherchent à prouver « scientifiquement » la résurrection du Christ. Mais les uns ne seraient-ils pas déformés par l'impiété et les autres par la piété ? Chacun des deux partis accumulant arguments et contre arguments, expertises et contre-expertises... en vain, car l'énigme demeure... Qu'en est-il du suaire de Turin ? On excipe de la datation au carbone 14 pour conclure à la manipulation. Le tissu daterait du XIIIe ou du XIVe siècle. Mais l'image de ce supplicié, anatomiquement exacte, n'en pose pas moins d'impressionnants problèmes ! Le professeur McCrone prétend avoir trouvé des traces de colorants. Des contre-expertises de Heller et Adler évoquent du sang du groupe AB. La science est-elle objective ? Les récents débats autour du réchauffement climatique prouvent, -- si besoin en était -- combien en fait la science, loin d'être objective, demeure toujours idéologiquement orientée. Aussi, plutôt que de faire appel à des expertises et des contre-expertises, je ferai quelques remarques de bon sens s'adressant tout aussi bien au Chrétien qu'au penseur agnostique...
§ Les Évangiles, qui demeurent jusqu'à ce jour la référence incontournable pour comprendre le message est la vie du Christ, évoquent de nombreux miracles accomplis par Jésus : il est tout de même étonnant qu'il ne soit fait mention nulle part d'une image apparue sur le linceul... § La dévotion que nous portons aux images (et que je partage bien évidemment !) est née de la rencontre de la foi chrétienne et de la culture gréco-romaine. Il serait très étonnant que les apôtres et les disciples du Christ aient eu besoin d'un tel signe, eux qui avaient été vivifiés par la présence même du Verbe incarné ! « Si j'ai toujours été choqué par l'importance cultuelle apportée aux reliques du Christ, c'est parce que, alors qu'il s'agit du Fils de l'Homme, nous possédons tellement plus ; infiniment plus ; nous possédons sa Présence Réelle, SA RÉALITÉ, parmi nous !... En face de l'Hostie consacrée, je crois, je cède mon âme en présence du corps du Christ, de sa divinité. Quelle audience, alors peuvent avoir près de l'esprit du croyant, ces débris plus ou moins authentiques, dont certains apparaissent comme des supercheries si naïves qu'elles en deviennent attentatoires ; de pauvres restes trop aisément attaquables ? » (La Varende, op.cit.) De plus : « Tous les objets ayant approché les cadavres étaient réputés impurs chez les Juifs. La loi mosaïque ordonnait de les brûler : ils étaient assour behana -- intouchables. Ce fut l'attendrissement chrétien, cette douceur, cette spiritualité, le plus pur de l'héritage, qui rendirent sacrés ces témoins. À partir du IVe siècle, l'engouement des reliques saisit la chrétienté ; tant et si fort que les premiers croisés, en plus du dessein de délivrer le tombeau de Jésus, caressent l'espoir d'en ramener grand nombre, d'en conquérir. » (Ibid.) § Jean et Mathieu évoque expressément outre un linceul, des othonia, (bandes qui sans doute maintenaient les pieds) et un voile couvrant le visage. Or rien de tout cela n'apparaît sur le linceul de Turin... § La déposition (et non l'inhumation) du corps a été accompli très vite à la veille du sabbat avec quelques aromates pour éviter la décomposition. Les saintes femmes se rendirent après le sabbat au tombeau pour accomplir l'embaumement qui n'avait pas été effectué. « Les tenants et les défenseurs du Suaire de Turin veulent que les aromates aient été liquides. (...) Mais alors, TOUT S'EFFONDRE ! Parce que verser sur un drap d'un peu plus de 4,75 mètres carrés, verser donc 30 litres de liquide, c'est le décupler de poids ; le rendre effroyablement LOURD, COLLANT ! Alors il se moule, SE MOULE, plaqué sur le cadavre qu'il délave... (...) Les empreintes ou émanations marquantes eussent été TOTALEMENT DIFFÉRENTES de celle que nous relevons. LA TROISIÈME DIMENSION FUT INTERVENUE. Les empreintes du suaire de Turin ont l'aspect de projection sur un plan horizontal, sur deux plans horizontaux en parallèle et ne concernent que deux dimensions. (...) Or, le suaire collant aux chairs par son poids, y adhérant par sa viscosité, n'a pu qu'épouser la surface de ces formes saillantes ; et voilà qu'il n'en porte pas trace ! » (La Varende, op.cit.) § Le linceul de Turin nous montre un corps atrocement couvert de sang -- beaucoup trop même! -- et La Varende note avec finesse : « Je m'élève contre l'argument de Turin des sueurs d'agonie subsistant après trois heures. Que la peau fut recouverte de ces gouttes affreuses de la mort, jamais ! Surtout le visage. Car la Vierge était la, et n'ayant pu se détacher de la croix, a dû suivre les terribles porteurs ; alors, soyez sûrs qu'elle a essuyé la face de son enfant !... Pauvre femme qui a vu haleter et mourir son fils... Si même l'émotion, le chagrin de la Vierge l'ont écarté du tombeau, les amis du Christ ont procédé à cet essuiement, même sommaire, que personne, PERSONNE, n'oublierait avant de déposer un corps ensanglanté dans un drap blanc, ne serait-ce que par simplicité matérielle. D'ailleurs, spirituellement, il y a une douceur pieuse à faire disparaître les plaies comme si l'on pouvait en partie les guérir. » § Comment imaginer que le siècle de Saint Louis qui fut animé d'une si grande ferveur religieuse et d'une si grande dévotion envers les reliques et qui vit l'élévation de la Sainte-Chapelle pour accueillir la Couronne d'épines, ait ignoré le linceul de Turin ? § Ce linceul est apparu dans l'histoire à Lirey en 1353, la mention la plus ancienne datant de 1389. Dès son apparition, cependant l'authenticité historique a posé problème au point que le pape Clément VII a dû intervenir par trois bulles successives. « Enfin celui qui fera l'ostension, déclare Clément, devra avertir le peuple au moment de la plus forte affluence, dire à haute et intelligible voix, toute fraude cessant, que ladite figure ou représentation n'est pas le vrai Suaire de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais qu'elle n'est qu'une peinture ou tableau du Suaire qu'on dit avoir été celui du même Seigneur Jésus-Christ. »
Toutes ces raisons, on le voit, vont plutôt dans le sens d'une origine médiévale du linceul. Et pourtant l'énigme n'est pas résolue pour autant, car l'image du crucifié que la photographie a révélé n'en est pas moins mystérieuse, impliquant -- semble-t-il *-- des connaissances au-delà des capacités d'un faussaire génial.
Il nous reste donc ce linceul fascinant, cette « peinture » humaine ou non humaine de l'homme Dieu. Enrico Barazzetti dans un ouvrage remarquable consacré à l'Espace symbolique, voit dans la description même de cette image une marque d'authenticité. Le Fils de l'Homme, archétype de l'humanité est ici présenté dans une triple symétrie : symétrie naturelle du corps souligné par le croisement des bras et la position parallèle des jambes, mais aussi symétrie antéro-postérieure présentant la face et le dos du corps réunis par la tête et enfin symétrie tridimensionnelle de l'ombre et la lumière, manifestée par le positif et négatif de l'empreinte et de l'image. Ainsi s'établit la croix à six dimensions, symbole de l'Homme Universel que René Guénon a magistralement analysé dans le Symbolisme de la croix et les États multiples de l'être. Comme on le voit cette image -- quelle que soit son origine réelle -- est riche de sens et de transcendance et je dirais qu'elle est pour notre temps, si avide d'images, une icône providentielle...
L'évêque de Troyes qui a recueilli les aveux du faussaire, assure qu'il a eu en main le poncif servant à rafraîchir les tons. Et quand bien même ce visage ne serait qu'un poncif artistique qu'on retrouve jusque dans le Christ de Léonard et l'autoportrait d'Albert Dürer, ne faudrait-il pas se demander en vérité, quel est le modèle originel de ce poncif ? Et QUEL VISAGE se reflète dans tous ces visages... ?
(Dürer) « Le suaire quoi qu'on puisse en penser, reste un admirable témoignage humain. Autour du suaire s'est émue une floraison intellectuelle appartenant aux plus hautes pensées de l'homme. À la reconnaissance, à l'évocation, à l'adoration. Une soumission à l'idée qui, rien que par elle-même, confère à la relique de l'autorité et du prestige. (...) Il y a là quelque chose d'infiniment respectable. Dieu a dit aux hommes que s'ils se réunissaient en son nom, Il serait présent au milieu d'eux. Quelle réunion, peut être si convaincante que celle de ces milliers d'êtres s'empressant, traversant les périls, s'épuisant, mourant de fatigue et de misère, et poursuivant leur idéal vers la relique. » (La Varende, op.cit.) Je n'hésiterai pas pour finir à paraphraser Baudelaire qui écrivait superbement : « quand même Dieu n'existerait pas, la Religion serait encore Sainte et Divine » en affirmant : quand même le linceul de Turin serait un faux médiéval, il serait encore saint et divin ! * Quoiqu'il faille bien faire la part des imaginations humaines... « Le travail de Dr Barbet est médicalement de très haute classe, d'une perception physique, d'une observation par trop ingénieuse. J'ai vu le suaire de Turin, en 31. J'ai étudié les photographies grossies sept fois, je suis épouvanté des déductions qu'on en a tirées, des déductions graphiques. » (La Varende, op.cit.) ** C'est-à-dire une peinture qui n'a pas été faite de la main de l'homme. Le musée de Lilydale aux États-Unis conserve des peintures qui auraient été projetées « astralement » sur une toile par des médiums et ne conservant -- tout comme l'image de Turin -- aucune trace de coups de pinceau. Cependant l'absence de coups de pinceau ne peut malheureusement être considérée comme un argument probant. La Varende -- qui était également peintre et dessinateur -- précise et je peux confirmer personnellement ces remarques : « c'est fort naturel. Les gens de cette époque n'employaient encore que des pinceaux de martre ou de putois, surtout dans la peinture courante ; ils n'usaient pas encore de la brosse en soie de porc. »
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| © 2012 août 2007 |
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