LE CHANT DES GALETS

Poème tableau

Galets ronds, galets polis.
Palets et mérelles de la mer.
Dispersés, jetés en désordre ordonné.

Galériens évadés, captifs des filandières.
Enveloppés de cheveux verts
Abandonnés des sirènes obsolètes.

Dragées de la mer.
Mauves et roses.
Blanchies par le sel et la succession des lunes.

Myriades d'œufs pétrifiés.
Témoins sonores et humides.
Galets frileusement serrés en colliers gémissants.
Galettes salées par le temps.

Champ de galets.
Chant des galères.

Galets rejetés ici et là encore.

Galets perdus.
Galets oubliés.
Galets ravivés par le flux qui rouvre leurs blessures océanes
D'où jaillit le sang d'encre noire des jours envolés,
Le souvenir des splendeurs marines.

Galets éparpillés par la Déesse des Commencements,
Éternelle Anadyomène,
Toujours renaissante dans sa robe d'écume.

Est-ce toi, fille de la mer,
Qui a teint tes longs cheveux emmêlés
Dont je ne perçois plus aujourd'hui
Qu'une phosphorescence lointaine et marine ?

Est-ce toi qui m'a lancé cette pierre magique et sonore,
Perle d'entre les pierres ?

Galets retournés encore et toujours
Roulés à perpétuité dans le giron des algues.
Recouverts par la danse hyaline des vagues
Qui parfois les bercent
D'autres fois les percent.

Galets ronds, galets polis.
Palets et mérelles de la mer.

Combien de temps faudra-t-il encore
Au rythme du cosmos
Aux révolutions de la Lune
Aux orbes du vieux Saturne
Pour polir ainsi nos âmes ?
Les lisser d'une sagesse pleine et ronde.

(Les Galets, tempera à l'œuf)

 

© 2012 août 2007