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LE CHANT DES GALETS
Poème tableau
Galets ronds, galets polis. Palets et mérelles de la mer. Dispersés, jetés en désordre ordonné.
Galériens évadés, captifs des filandières. Enveloppés de cheveux verts Abandonnés des sirènes obsolètes.
Dragées de la mer. Mauves et roses. Blanchies par le sel et la succession des lunes.

Myriades d'œufs pétrifiés. Témoins sonores et humides. Galets frileusement serrés en colliers gémissants. Galettes salées par le temps.
Champ de galets. Chant des galères.
Galets rejetés ici et là encore.
Galets perdus. Galets oubliés. Galets ravivés par le flux qui rouvre leurs blessures océanes D'où jaillit le sang d'encre noire des jours envolés, Le souvenir des splendeurs marines.
Galets éparpillés par la Déesse des Commencements, Éternelle Anadyomène, Toujours renaissante dans sa robe d'écume.
Est-ce toi, fille de la mer, Qui a teint tes longs cheveux emmêlés Dont je ne perçois plus aujourd'hui Qu'une phosphorescence lointaine et marine ?
Est-ce toi qui m'a lancé cette pierre magique et sonore, Perle d'entre les pierres ?
Galets retournés encore et toujours Roulés à perpétuité dans le giron des algues. Recouverts par la danse hyaline des vagues Qui parfois les bercent D'autres fois les percent.
Galets ronds, galets polis. Palets et mérelles de la mer.
Combien de temps faudra-t-il encore Au rythme du cosmos Aux révolutions de la Lune Aux orbes du vieux Saturne Pour polir ainsi nos âmes ? Les lisser d'une sagesse pleine et ronde.

(Les Galets, tempera à l'œuf)
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