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(Requiescat, tableau virtuel.) LE BOIS DU VEUF PENDU Novembre 2008 En ces jours voués à la pensée des morts, j'apprends une nouvelle tragique : l'époux de Martine Bricoud (dont j'évoque ailleurs le désarroi et la détresse : voir Pensées des morts) a choisi de rejoindre sa femme défunte. En cette saison des âmes transmisgrantes, il s'est rendu de nuit au cœur des bois pour se pendre.
(L'Abîme, aquarelle) Cependant, les jours de fatigue et d'à quoi bon... le vieux Satan suicidaire susurre encore parfois sa chanson douce... Oh ! Certes il peut bien avoir toutes les raisons du monde pour lui ! Un peintre (qu'on songe à Van Gogh, à de Staël et à bien d'autres !) peut même avoir bien des raisons de se suicider... Et ce vieux roublard de les énumérer à l'oreille complaisante : « ton art n'est pas reconnu... tu vis en dessous de tes capacités... tes talents sont étouffés... tu n'aies même pas de ton époque... tu t'es trompé de siècle et pourquoi dès lors ne pas le quitter ? » Avec bien sûr tout le cortège des bonnes raisons sentimentales : celle-là t'a quitté... celle-ci ne t'aime plus... cette histoire est impossible... et quant à celle que tu espères... ??? Sans oublier cette époque tragique, la crise, la pollution, le désarroi de la civilisation et la dérive du monde : pas besoin d'être un artiste mélancolique pour être tenté par le suicide aujourd'hui, en ce temps où même les adolescents se suicident en direct sur Internet...
(Le Gisant de Gisors, huile sur toile) Aussi malgré toutes les bonnes raisons que je puisse avoir, moi aussi, d'aller pendre au chêne sacré, je n'écoute plus que d'une oreille distraite les sollicitations de mon diable suicidaire. La corde au cou ne dénoue pas aussi aisément le nœud des attachements et des peines. Je serai de l'autre côté peut-être bien plus désemparé face à la souffrance. Le corporel ne fixe-t-il pas, pour son salut, le volatil animique ?
« Au gibet noir, manchot aimable, (Rimbaud, Bal des pendus.)
Si je dois me pendre, ce sera plutôt par les pieds, comme le jeune homme de la lame XII du Tarot afin de retourner mon regard intérieur et de planter mes pieds au Ciel et m'ancrer à l'Arbre de Vie. C'est dès ici-bas que je peux guérir de ma souffrance... mourir à l'homme de douleur... Et il vaut mieux mourir avant la mort. L'art est un ars moriandi.
(La Barque de saint Aubert, aquarelle)
Alors je pourrais continuer à œuvrer sans attaches, ni vain désir de reconnaissance, continuer à aimer de tout mon cœur sans espérer plus grande récompense que le bonheur justement d'aimer les yeux étincelants et le sourire radieux de la Beauté...
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| © 2012 août 2007 |
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