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Journal d'un peintre

Raimondin prend son épée qui pendait à son chevet, et vient au lieu où il sait que Mélusine va toujours le samedi. Il trouve une porte de fer très forte et très épaisse, et sachez que jamais il n'avait été si avant. Il tire l'épée, met la pointe contre la porte et tourne et vire tant qu'il fait un pertuis, et il regarde. Il voit Mélusine dans une grande cuve de marbre où il y a des degrés jusqu'au fond. La cuve a bien quinze pieds de tour, il y a tout autour des allées de cinq pieds de large. Mélusine était dans la cuve jusqu'au nombril en forme de femme et peignait ses cheveux, du nombril en bas, en forme d'une serpente et elle battait l'eau tellement qu'elle faisait saillir jusqu'à la voûte de la chambre.
(Jean d'Arras : Mélusine ou la fée de Lusignan.) 

(Le Bain de  Mélusine I, tableau virtuel)

(Sirène héraldique, gouache)

Sassenage

(Le Furon, huile sur bois)

  Ici les Alpes ont creusé des vallées, ici les trois frères de la légende sont partis, chacun vers son destin, à la reconquête de leurs royaumes élémentaires. Edouard l’Aigle a survolé les pics et la chaîne de Belledonne, Albert l’Ours a vendu ses tours à la fille du Rhingrave et Ufon le Dauphin, de cascade en rivière, au-delà des Terres Froides, a sauvé la belle Vienne de la noyade, ce qui lui a valu de recouvrer sa forme humaine et princière, abandonnant sa tunique aquatique aux armes du Dauphiné, petit dauphin d’or et d’argent qui rappelle à tous que les Dauphins de France descendaient aussi d’êtres surnaturels...

 

 

(La Grotte de Sassenage, photographie de l'auteur)

 

  Ici chantent et cascadent les eaux du Germe, creusant dans la falaise deux grottes de niveau différent, ces ‘Cuves” qui jadis abritaient une fée et ses trois filles, dont la belle Mélusine, parèdre dauphinoise de la Mélusine poitevine ramenée d’Orient par Raymondin de Lusignan et qui ici épousa le sire Bérenger, seigneur de Sassenage.

 

 

(Mélusine, tableau virtuel)

Le Germe bouillonne avec pétulance devant l’antre de Mélusine qui à cette heure matinale entreprend sa lessive.

  

(La Fée de Sassenage, tempera à la cire)

(Le Bain de  Mélusine I, tableau virtuel)


(Le Bain de  Mélusine II, tableau virtuel)

(La Serpente de Sassenage, huile sur bois)

Mélusine... Où es-tu fée itinérante ? Tu es partie depuis longtemps, tu as trahi ta mère et tes sœurs pour épouser ce Bérenger qui ne respectera même pas le secret de ta double nature un jour que tu baigneras ton nombril de serpent dans l’eau précieuse des Cuves, il te surprendra et adieu, bel amour ! Alors plus de vie de châtelaine, plus de Bérenger, plus de Mélusine et la fée bafouée peut bien verser ses larmes dans le préciosier de Sassenage et les transformer en pierres ophtalmiques pour rendre la vue aux aveugles constructeurs de piles nucléaires, il ne lui reste plus qu’à gémir de douleur trois jours avant le décès de chaque Bérenger...

(L'Envol de la Vouivre, tableau virtuel)

 

La fée Mélusine
© 2010 août 2007