JANVIER

(Le Veilleur, huile sur bois)

DIMANCHE 1er JANVIER

À l'assourdissante cacophonie médiatique, à ce brouillard d'images et de mots, d'informations désinformations qui jaillissent de l'écran et des postes, s'oppose le silence de ce matin.
Saisissant contraste.
Une fois l'écran de l'ordinateur refermé, ici tout est silence...
Le village semble désert et paraît bien taiseux.
La campagne est immobile.
Parfois une légère brise.
Un vol de merles.
Tout ici est silence et solitude.
Tout ici rappelle qu'il y a peut-être un monde réel derrière ce grand tintamarre qui risque fort de culminer en 2012…

Une année nouvelle ?
Cependant ce seront toujours les mêmes mensonges et les mêmes utopies reconduites…
En vérité, il n'est pas d'autres façons de faire les choses nouvelles que de cesser la quête épuisante et sans fin de la nouveauté. Le monde n'est pas à construire mais à dé-couvrir. C'est notre regard qui doit changer
Alors les arbres seront à nouveau des arbres, les vieux saules, des créatures étonnantes et si nouvelles !

JEUDI 5 JANVIER

« Voilà une dent qui me vient de choir, sans douleur, sans effort : c'estoit le terme naturel de sa durée, » écrit Montaigne.
La mienne n'est pas tombée sans effort : il a fallu l'arracher et comme ses racines en étaient courbes, les conséquences furent plus douloureuses que pour les précédentes ayant subi le même sort. Résultat : couché durant les fêtes, condamné à sucer de la glace pour atténuer une douleur « intolérable » dont aucun paracétamol ne venait à bout. Intolérable oui et non, car justement il faut bien tolérer (ce qui est le vrai sens du verbe, proche de supporter) et le seuil de tolérance peut être élevé par la concentration sur la souffrance elle-même et son acceptation. Un des meilleurs moyens étant de ne plus penser en termes de douleur, mais uniquement de sensation. Une sensation forte : comme un accord puissant qui résonne dans la tête et qui nous force à l'écouter. Écouter le message : difficultés (qui est d'ailleurs générale) à mordre la vie à pleines dents depuis ces dernières années…

Période de repli, de retrait et d'arrachements. Depuis l'exposition d'octobre, les pinceaux sont à nouveau rassemblés dans leurs pots. En attente d'un nouvel essor, mais nul ne sait quand, ni par quoi, ni par qui…
Temps de retrait donc et de méditation. Évoquant cette dent perdue, Montaigne poursuit : « Et cette partie de mon estre et plusieurs autres sont désjà mortes, autres demy mortes, des plus actives et qui tenoient le premier rang pendant la vigueur de mon aage. C'est ainsi que je fonds eschape moy. Quelle bêtise sera-ce à mon entendement de sentir le saut de cette cheute, déjà si avancée, comme si elle estoit entière ? Je ne l'espère pas. » (Essais, III,13)
Et ainsi en est-il du berceau à la tombe. C'est le titre d'un poème symphonique Franz Liszt : Von der Wiege bis zum Grabe. Un de ses plus beaux, moins célèbre pourtant que Les Préludes ou Mazeppa. En trois parties : l'enfance, les combats de l'âge adulte et puis la vieillesse. La fin retrouve le climat éthéré et serein de l'introduction. Jaillissement de la source retrouvée. Entre les deux beaucoup de bruit pour rien...
Aussi, au coeur de ce tumulte, convient-il déjà de tourner ses regards vers l'autre jardin…

(Du Berceau à la tombe, tableau virtuel)

« Le continuel ouvrage de vostre vie c'est bastir la mort. Vous estes en la mort pendant que vous estes en vie… » (Essais, I,20)

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