L'ORAGE

Éclair et coup de tonnerre.
Aussitôt une alarme résonne dans le village.
« Alarme chez monsieur B*** … Je répète : alarme chez monsieur B*** … »
C'est comme l'écho d'une autre vie, d'un autre monde.
Là-bas, ce jardin sous la pluie existe donc encore…
Et ce lien téléphonique témoigne que oui, tout cela n'était pas totalement un rêve !

LE JARDIN DE L'ÉTOILE

C'est celui de la dix-septième lame du tarot.
C'est un jardin toujours à redécouvrir. Toujours à reconquérir.
L'étoile du matin y prend les traits d'une beauté innocente d'un charme mortel, car elle donne la vie aussi bien que la mort.
De ses deux mains, elle verse l'inspiration et puis l'oubli.
Elle est la princesse de tous les jardins secrets.
Enfant, elle y a joué souvent sous le regard du peintre qui l'avait bien reconnue, ellel'Étoile !

C'était au numéro 17

Depuis son départ, une petite source toujours fredonne ; alors même que ce lieu qu'elle avait anobli de sa présence, est aujourd'hui souillé de rires vulgaires.
Elle habitait cependant un autre jardin, celui des Gémeaux et de l'arcane du Soleil où elle aimait se musser : c'est le propre de la Déesse que de jouer ainsi à cache-cache dans le noir des apparences.
Poètes et peintres la reconnaissent pourtant sous son déguisement, savent l'appeler par son nom secret et célèbrent avec reconnaissance son anniversaire.

LA RIVIERE

Une petite rivière serpente et traverse le jardin. Un vieux saule a laissé choir une branche encore verte que le flux emporte.

Elle erre solitaire au hasard du courant lorsque soudain elle rejoint une fleur, petite fleur échappée d'un jardin, que le vent a jetée dans l'eau. Toutes deux se rapprochent et s'abordent, heureuses de dériver ainsi et de jouer ensemble au rythme du courant. Parfois, le flux les détache, mais elles se retrouvent pour s'unir plus étroitement encore, jusqu'au paroxysme d'un enthousiasme partagé.

Mais voilà que la rivière cascade et les emporte dans sa chute. La branche et la fleur séparées sombrent dans l'eau bouillonnante. Elles sont trop loin l'une de l'autre maintenant et bientôt elles ne s'apercevront plus. Seront-elles un jour à nouveau rapprochées par les aléas du courant ? Nul ne le sait. Le destin des êtres est un mystère tissé de chaînes et de trames que notre raison ne peut appréhender…

C'était il y a bien longtemps, dans un jardin... et dans ce jardin, se cachait une jeune fille ; et je n'avais d'autres pensées que de l'aimer et d'être aimé d'elle...

Mais elle, que pensait-elle alors ?

Puis vint le vent et la sauvage tempête, cette confrontation de l'adolescence au monde actuel qui tout renverse et dont si peu ressortent indemnes...

Le jardin est clos. Ouvrira-t-il un jour à nouveau ses portes de bois couronnées d'épines ? Sinon je franchirai le seuil d'un autre jardin (en ce monde ou dans l'autre) pour contempler un autre visage que celui-ci aura ainsi merveilleusement annoncé.

C'était il y a bien longtemps, dans un jardin... et dans ce jardin, se cachait une jeune fille...

Se réjouira-t-elle un jour d'avoir été une source aussi féconde de mots et d'images ? Aura-t-elle à cœur de partager nos souvenirs ? Sera-t-elle alors libre de ses pensées, de ses mots et de ses actes ?

C'était il y a bien longtemps, dans un jardin...

« Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau :
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.
C'est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait. !
Mais non, -- ma jeunesse est finie...
Adieu, doux rayon qui m'a lui, --
Parfum, jeune fille, harmonie...
Le bonheur passait, -- il a fui ! »
(Gérard de Nerval, Une allée du Luxembourg.)

Page ouverte.
Page déserte.
Parole muette.
Nos voix ne s'y rencontrent plus.
Jardin secret.
Jardin oublié.
Jardin déserté.
Nos regards ne s'y croisent plus.
Printemps gelé.
Silence des espoirs.
Les cœurs n'ont-ils plus rien à échanger ?
Le petit oiseau consolateur ne chante plus dans le jardin.
Jardin désolé.
Jardin désaffecté.
Jardin dévasté.
Où seul vénérable pommier s'apprête à fleurir encore et toujours...
La mésange charmante reviendra-t-elle dialoguer sur la branche ?

 

© 2012 août 2007