
(Le Matin de Noël, tableau virtuel.)
FAUT-IL CROIRE AU PÈRE NOËL ?
Lundi matin, alors que je me trouvais dans le centre Leclerc de Trie-Château, j'entends soudain une voix adolescente, énoncer d'un ton suave et sensuel digne d'une hôtesse de l'air : « Le Père Noël sera dans le magasin à partir de 10 heures... »
Ainsi les enfants pourront se faire photographier avec ce vénérable personnage...
« Tu crois au Père Noël ? » Qui n'a pas entendu cette question ironique et condescendante sapant impitoyablement le moindre rêve... ?
Je me souviens de ce jour où, enfant, caché dans l'escalier, je surpris des bruits dénonçant mes parents installant les cadeaux devant la cheminée... Une fracture décisive entre le mythe et le réel que tous les enfants d'Occident ont connu, prélude au reniement de la religion et au rejet même de l'existence de Dieu.
Pourtant, le Père Noël, derrière son apparence de lutin laïque et universel, cache une noble origine profondément religieuse.
C'est vers 1822, aux États-Unis, que le vénérable saint Nicolas, pourvoyeur de cadeaux pour les enfants, devenu à New York, Santa Claus, se vit transformé en vieux lutin rouge à barbe blanche par l'imagination d'un professeur de littérature cherchant à distraire ses enfants. Et ce sont surtout les illustrateurs et les magazines qui achevèrent de laïciser l'image légendaire de l'évêque de Myre. Cette apparition solsticiale passe-partout -- puisqu'elle convenait aussi bien aux croyants qu'aux athées -- devait inévitablement être récupérée par l'esprit mercantile du temps... au point donc de rencontrer lundi matin ses bottes écarlates au centre Leclerc de Trie-Château... !

Pourtant le personnage ne manquait pas de verticalité : associé au sapin de Noël -- ce vénérable symbole de l'arbre du Paradis et de l'axe du monde -- le bon vieillard passant par la cheminée (autre splendide symbole de l'axe reliant les états multiples de l'être !) durant la nuit la plus longue de l'hiver, avait bien des atouts pour relier nos âmes enfantines aux plus hautes vérités métaphysiques...
Seulement voilà... une fois un certain âge atteint (et il est atteint de plus en plus tôt !) : fini le Père Noël ! Tout cela n'était qu'une fable dont personne ne nous expliquera la signification et surtout qui ne trouvera aucun prolongement dans notre vie d'adulte... puisqu'aucune initiation au seuil de l'adolescence ne viendra plus accomplir cette promesse de verticalité !
Quelle différence avec les mondes traditionnels !
Les enfants de nombreuses peuplades croyaient vraiment entendre la voix d'un être surnaturel lorsqu'ils percevaient le son terrifiant du rhombe. Au moment de l'initiation de la puberté, on leur révélait sous le sceau du secret que cette voix impressionnante été produit par une main humaine avec l'aide d'un simple instrument.

L'enfant pouvait alors affronter ce qui aurait pu être un désenchantement, parce que justement les épreuves qu'il avait à affronter lors de sa puberté (épreuves souvent redoutables !) lui permettait de prendre directement contact avec le monde transcendant. Ainsi le jeune Indien d'Amérique gagnait un lieu désert où, à force de privations et de jeunes, il pouvait accéder en songe à la Présence surnaturelle manifestée par un jaguar, un aigle ou un bison qui fera de lui un homme relié.
Ce passage rituel pouvait être vécu jadis en Europe lors de la première communion qui prolongeait et accomplissait les promesses de Saint-Nicolas et, derrière le saint aux cadeaux, l'enfant devenu adolescent pouvait découvrir la figure initiatrice du Christ. Mais Santa Claus laïcisé n'annonce plus rien qu'une déception : « Alors ce n'était donc pas vrai... »
Une fois le Père Noël déchu de son pouvoir transcendant, il ne reste plus aujourd'hui aux adolescents qu'à s'initier sur Facebook qui leur propose un métalangage, une parodie de chaîne d'union et un parfait formatage destiné à les transformer en petits consommateurs mondialisés et mondialistes... Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur cette totale disparition des rites de la puberté dans nos sociétés modernes qui a créé par millions de perpétuels adolescents en crise se transformant lorsqu'ils pénètrent dans le monde du travail en adultes infantiles achevant de ruiner le monde social et politique !
Alors le Père Noël est-il donc une ordure ? N'aura-t-il donc jamais pitié de tous ces enfants trahis par leurs parents ?
Pour ma part avouerai-je qu'après quelques errances, j'ai fini par retrouver le Père Noël, le vrai... et non celui du centre Leclerc de Trie-Château !
25 décembre 2010
