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A PROPOS DES MIRACLES
Un érudit médecin me disait récemment qu'André Comte-Sponville était selon lui « un philosophe au petit pied. » En parcourant la dernière chronique publiée dans le Monde des religions, je me demandais même si cet auteur n'était pas atteint d'une authentique cécité spirituelle... Comte-Sponville consacre cette page mensuelle au miracle, rappelant l'argument -- selon lui décisif -- de Hume, ce champion du septicisme radical : la rareté statistique d'un miracle ne plaide pas en faveur de sa réalité. Voilà bien un argument digne de notre époque où règne la dictature des nombres ! Avec ce type de raisonnement on peut tout aussi bien affirmer que la mouche domestique existe et non telle espèce rare de papillon sous prétexte que nous croisons journellement des milliers de mouches et que nous avons fort peu de chances de nous trouver en présence du rarissime papillon... Comte-Sponville remarque par exemple qu'on ne connaît « aucun cas incontestable » de résurrection... Mais incontestable selon quels critères ? Quand on sait l'étroite connexion unissant l'observateur au phénomène observé, on ne s'étonnera pas que les chercheur incrédules ne puissent établir de statistiques probantes (selon leurs critères !) concernant le moindre miracle... Et pourtant, si bien des prodiges abondent dans les écrits des Anciens, de nombreux miracles ont été consignés par des observateurs scrupuleux aussi bien au siècle dernier qu'aujourd'hui ! Après cette entrée en matière, partiale et décevante, je savais d'ores et déjà comment Comte-Sponville allait conclure son article : la vie est un miracle, chaque instant est un miracle, etc.... la tarte à la crème du zen pour touriste occidental ! En effet, lorsqu'un maître rappelle à ses disciples que « marcher sur terre est un plus grand miracle que de voler », il ne nie nullement l'existence du miracle, mais il rappelle opportunément que la recherche des pouvoirs supranormaux relève d'une quête de l'ego susceptible de faire obstacle à l'éveil... Comte-Sponville écrit que Jésus n'est pas un magicien. Comment ?! Les Évangiles débordent à chaque page de miracles accomplis par le Christ ! D'ailleurs, l'expression Fils de David désignait couramment à cette époque les magiciens (ce qui n'exclut pas une authentique filiation davidique du Christ). Jésus, bien au contraire, nous est présenté comme le magicien par excellence, le Grand Magicien au sens le plus noble du terme (et il n'est pas indifférent que les Mages se soient agenouillées devant son berceau!). Mais surtout, chaque miracle du Christ est un signe symbolique dont la signification s'avère d'une richesse inépuisable.*

(Le Sommeil des Morts, tableau virtuel.)
Mais comme Comte-Sponville a demandé au début de son article, « quel est pour celui qui veut ressusciter un mort, la probabilité de réussite ? », on voit en fait, où cet auteur veut en venir, et avec lui toute cette nouvelle école qui tient absolumentl à nous présenter un Jésus « spirituellement correct, » -- si je puis dire -- à l'aune du New Age. Leur thèse est simple : le Christ n'est pas ressuscité d'entre les morts, le récit de la résurrection n'est qu'une allégorie de l'éveil spirituel. Cette interprétation de la figure christique comme celle d'un sage (un Grand Initié pour reprendre les termes d'Édouard Schuré), n'est pas nouvelle, mais elle est surtout pitoyablement réductrice ! Arnaud Desjardins avait déjà proposé il y a quelques années une lecture des Évangiles dans la perspective du travail conduisant à l'éveil. C'est un point de vue tout à fait légitime qui ne fait d'ailleurs que reprendre et actualiser celui de la déification (la théosis) soutenue par bien des Pères de l'Église. Seulement pour aucun de ces derniers, l'interprétation symbolique des miracles du Christ sous l'angle de l'éveil intérieur, n'excluait leur réalité historique...
Mais il y a plus grave : dans le cas du christianisme le message est bel et bien le messager lui-même* et nier la résurrection du Christ, c'est tout simplement nier le christianisme.
« Si autem Christus non resurrexit, inanis est ergo praedicatio nostra, inanis est et fides vestra. »
(« Si le Christ n'est point ressucité, notre prédication est vaine, et votre foi est vaine aussi. » I Epître aux Corinthiens,XV, 14)
* « Nous ferons seulement observer que partir de l'impossibilité du miracle pour opposer une fin de non-recevoir à tous les récits de nos Évangélistes, c'est tout simplement faire le sophisme qu'on appelle dans l'École une pétition de principe. Pour un athée qui ne croit pas en Dieu, pour un panthéiste qui ne distingue pas Dieu du monde, le Créateur de la créature, pour un déiste qui suppose que les lois physiques sont immuables, et qu'en les établissant Dieu a enchaîné son action de telle sorte qu'il ne peut plus intervenir dans ce monde qu'il a créé, en un mot, pour le fataliste qui n'admet pas la Providence et son action constante, il est évident que le miracle semble impossible. Mais ces systèmes sont-ils démontrés ? Est-il certain qu'il n'y a pas de Dieu comme le dit l'athée ? Est-il certain que tout est Dieu, comme le veut le panthéiste ? Est-on en droit de nier la Providence divine, comme le prétendent les fatalistes et les déistes ? La plupart de ces philosophes, se disant positivistes donnant au fait la prééminence sur l'idée, devrait suivre une marche opposée. Au lieu de partir de leur théorie pour rejeter le miracle, il devrait partir du miracle pour rejeter leurs théories. (...) Le caractère surnaturel de nos Évangiles se lie à une régénération du monde, qui devient elle-même sans cela un phénomène inexplicable. On ne peut nier la propagation du christianisme, l'universalité et la perpétuité de son établissement. Or comment expliquer cette révolution sociale, si l'on fait du Christ un homme comme un autre, des apôtres des faiseurs de légendes, des récits des Évangiles des rêves façonnés à plaisir ? Comment se rendre compte de la nature des Évangiles eux-mêmes ? Car tels qu'ils sont, si l'on écarte l'inspiration divine ils n'en sont pas moins même des prodiges plus surprenants que les miracles qu'ils renferment. »
Ces remarques, faites par l'abbé Drioux en 1873, à l'occasion de la parution du tome septième de l'édition de la Vulgate et de sa traduction française, demeurent plus que jamais pertinentes...
** « Mais, plus importante, plus essentielle que l'œuvre d'enseignement est l'œuvre de l'agir christique, puisque c'est elle qui restaure l'humanité dans l'amitié divine. Tous les prophètes ont parlé, aucun autre n'a accompli l'acte de son propre sacrifice « pour la gloire de Dieu et le salut du monde. » Ici, le prêtre, la victime et l'acte sacrificiel ne font qu'un. Ici, le contenu du message, c'est le messager lui-même. Et c'est pourquoi le Christ est le prêtre par excellence parce qu'en lui l'être consacré et l'agir sacerdotal s'identifient et ne font réellement qu'un. » (Jean Borella, Ésotérisme guénonien et mystère chrétien).
MERCREDI 12 JANVIER 2011
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